Un père peut manquer de multiples façons à son enfant. Il peut être mort, en déplacement professionnel pour de longues périodes, très absent de la maison  en y rentrant tard chaque soir ou enfermé dans son bureau, rivé à la télé ou à l’ordinateur.

Si la qualité de sa relation à ses enfants est bonne, même de loin, par skype ou autre, l’enfant ressentira une présence forte dans ses mots, son attention, l’intérêt porté, les valeurs transmises, l’affection dite et montrée.

Rien de plus frustrant qu’un père physiquement présent mais relationnellement manquant.

Il est important qu’un père soit présent sur les deux pôles, éducatif et affectif.

La fille grandit déjà dans un monde en manque de féminin dans une société de production qui méprise le féminin profond. En cas de père manquant, elle l’idéalise et attendra le prince charmant, celui qui la distinguera comme différente de sa mère. En même temps, elle se construit avec une dévalorisation intérieure qui la rendra éternellement insatisfaite, en comparaison avec les stéréotypes des magazines ou des icônes, trop ceci ou pas assez cela.

Elle pourra rester une éternelle ado pour ne pas effrayer les hommes ou au contraire se muer en amazone pour montrer aux hommes ce qu’elle vaut. Elle incarnera alors ce qu’elle détestait chez son père et se jugera, là encore, insatisfaite.

C’est à la puberté qu’une fille a beaucoup besoin de son père pour construire son image de femme distincte de sa mère. Or c’est souvent à cette période que les pères sont en difficulté avec leurs filles, qu’ils les lâchent  parce qu’ils ne savent pas comment gérer ces changements. Ce sera encore plus problématique pour eux s’ils font partie d’une famille incestuelle dont l’inconscient est chargé d’un inceste secret passé. Sans rien savoir de tout cela, ils feront face à des peurs diffuses qui les maintiendront à distance de leurs filles. Devenir une femme sera alors interprété comme étant dangereux.

Pour une fille, une manière de sortir du silence, de l’absence du père sera d’honorer le féminin profond, prendre soin d’elle, de toutes les manières possibles, intellectuellement, physiquement, affectivement. Se retrouver entre femmes bienveillantes, savourer les bienfaits de la sororité. C’est ce qui lui permettra d’aller vers sa force d’expression, se réapproprier un masculin en douceur, pas à pas après avoir apprivoisé son féminin.

 

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